# Victime de Linkeo : comment réagir face aux pratiques controversées ?
Le secteur de la création de sites internet et du référencement web connaît une expansion considérable depuis une dizaine d’années. Parmi les acteurs majeurs du marché français, Linkeo s’est imposé comme un prestataire proposant des solutions tout-en-un pour les professionnels et commerçants souhaitant développer leur visibilité en ligne. Pourtant, derrière cette promesse attrayante se cachent de nombreux témoignages de clients déçus, voire victimes de pratiques commerciales qu’ils jugent trompeuses. Entre engagements contractuels complexes, tarifs évolutifs et résultats en matière de référencement jugés insuffisants, les griefs s’accumulent sur les forums de consommateurs et les plateformes d’avis en ligne. Face à cette situation, il devient essentiel de comprendre les mécanismes contractuels mis en place, d’identifier les pratiques potentiellement déloyales et surtout de connaître les recours juridiques disponibles pour protéger ses intérêts. Les professionnels doivent disposer d’une information claire sur leurs droits et les démarches à entreprendre lorsqu’ils estiment avoir été lésés par un prestataire de services numériques.
Linkeo : analyse du modèle commercial et des griefs récurrents des clients
Linkeo propose un modèle d’affaires basé sur l’accompagnement global des professionnels dans leur transformation numérique. L’entreprise cible principalement les artisans, commerçants et petites entreprises qui ne disposent pas des compétences techniques internes pour développer leur présence en ligne. Cette stratégie commerciale s’appuie sur une promesse séduisante : celle d’une solution clé en main permettant de générer rapidement du trafic qualifié et d’augmenter le chiffre d’affaires. Cependant, l’écart entre les attentes créées lors de la phase commerciale et la réalité des prestations délivrées constitue le premier motif de mécontentement exprimé par les clients.
Le fonctionnement du pack tout-en-un : hébergement, création de site et référencement
Le modèle économique de Linkeo repose sur des offres packagées incluant simultanément la création du site internet, son hébergement et les prestations de référencement. Cette approche globale présente théoriquement l’avantage de simplifier la gestion pour le client qui n’a qu’un seul interlocuteur. Dans la pratique, cette formule crée une dépendance technique importante puisque l’entreprise cliente ne dispose généralement pas d’un accès administrateur complet à son site. Les technologies utilisées, souvent propriétaires ou fortement personnalisées, rendent difficile toute migration ultérieure vers un autre prestataire. Cette situation de verrouillage technique constitue un premier facteur de vulnérabilité pour les professionnels qui souhaitent ultérieurement changer de prestataire.
Les engagements contractuels à durée déterminée et clauses de reconduction tacite
Les contrats proposés par Linkeo s’étendent généralement sur des périodes de 36 à 60 mois, ce qui représente un engagement financier significatif pour une petite entreprise. Ces durées contractuelles longues sont justifiées par l’amortissement des coûts de création du site et par la nécessité d’inscrire les actions de référencement dans la durée. Toutefois, de nombreux clients déplorent le caractère irrévocable de ces engagements, même lorsque les résultats promis ne sont manifestement pas au rendez-vous. Les clauses de reconduction tacite, souvent peu visibles dans les conditions générales, prolongent automatiquement le contrat pour des périodes supplémentaires si le client n’a pas
poursuivi les démarches de résiliation dans les délais prévus. De nombreux témoignages font état de surprises désagréables lorsque le prélèvement bancaire continue au-delà de la durée initiale, faute d’une notification explicite de la reconduction. Pour un professionnel déjà fragilisé financièrement, cette prolongation non anticipée peut aggraver significativement la situation de trésorerie.
Certains contrats comportent également des clauses pénales en cas de résiliation anticipée, prévoyant le paiement immédiat de l’intégralité des mensualités restantes. Ce type de stipulation contractuelle, particulièrement lourd pour une TPE ou un artisan, est régulièrement dénoncé par les associations de consommateurs comme créant un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Il n’est pas rare que des professionnels découvrent l’existence de ces clauses seulement lorsqu’ils tentent de mettre fin à la relation commerciale, ce qui renforce le sentiment d’avoir été insuffisamment informés au moment de la signature.
Tarification progressive et frais cachés : décryptage des conditions générales de vente
Au-delà de la durée d’engagement, la politique tarifaire de certains contrats Linkeo soulève également des interrogations. Les commerciaux mettent souvent en avant un coût mensuel attractif pour la création de site et le référencement, sans toujours détailler l’ensemble des options payantes qui peuvent s’ajouter ensuite : création d’un module e-commerce, gestion d’avis clients, campagnes Google Ads, mise à jour de contenus ou encore frais de maintenance spécifiques. Une fois le contrat signé, le professionnel découvre parfois que le budget global dépasse largement le montant présenté lors du rendez-vous initial.
Les conditions générales de vente prévoient par ailleurs des mécanismes de révision tarifaire ou des frais annexes (frais de mise en service, de nom de domaine, de récupération de données, etc.) qui peuvent être difficiles à appréhender pour un non-spécialiste. Comme dans beaucoup d’« offres pack tout compris », la frontière entre ce qui est réellement inclus et ce qui relève d’une facturation supplémentaire n’est pas toujours claire. Pour un artisan ou un commerçant focalisé sur son activité de terrain, il est tentant de faire confiance au discours rassurant du commercial sans entrer dans le détail de chaque article contractuel, ce qui augmente le risque de mauvaises surprises ultérieures.
On observe aussi des situations dans lesquelles le montant mensuel semble modéré les premiers mois, avant de connaître une hausse liée à la fin d’une remise commerciale ou à l’ajout de services complémentaires. Ce mécanisme de tarification progressive n’est pas illégal en soi, mais il suppose une information très transparente sur le coût total du contrat sur toute sa durée. À défaut, la qualification de pratique commerciale trompeuse peut être envisagée, notamment si le prix global à payer n’a pas été clairement mis en avant lors de la signature.
Les avis google my business et trustpilot : typologie des plaintes consommateurs
En consultant les avis en ligne sur Google, Trustpilot ou les forums spécialisés, on constate rapidement que les critiques à l’égard de Linkeo suivent des schémas récurrents. De nombreux clients évoquent des difficultés à obtenir des résultats concrets en termes de référencement naturel, malgré des promesses de visibilité rapide sur Google. D’autres pointent un manque de suivi après la signature du contrat : changements fréquents d’interlocuteurs commerciaux, délais importants pour les modifications de site, ou encore absence de reporting détaillé sur les actions SEO menées.
Une autre catégorie importante de plaintes concerne la gestion des litiges : lorsque le client souhaite résilier ou contester la qualité de la prestation, il se heurte parfois à un service client jugé peu réactif ou à des réponses standardisées qui renvoient systématiquement à la signature du contrat. Certains témoignages mentionnent le recours à des sociétés de recouvrement pour exiger le paiement de l’ensemble des échéances restantes, même lorsque le site n’a jamais été livré ou que le référencement n’a pas été mis en place dans les délais annoncés. Ce type de pratique renforce le sentiment d’injustice et pousse certains professionnels à envisager une action collective.
Il convient cependant de noter que tous les avis ne sont pas négatifs : des clients satisfaits évoquent des sites fonctionnels et une augmentation réelle des contacts entrants. Cette disparité rappelle que chaque situation est singulière et que la qualification de « victime de Linkeo » doit reposer sur des éléments factuels et documentés. Pour autant, la masse de retours critiques sur les durées d’engagement, les difficultés de résiliation et l’écart entre les promesses commerciales et les résultats SEO obtenus justifie une vigilance renforcée avant toute signature.
Identifier les pratiques commerciales trompeuses selon le code de la consommation
Face à ces témoignages, une question centrale se pose : à partir de quel moment une promesse commerciale ou une présentation de service franchit-elle la ligne rouge et devient-elle une pratique commerciale trompeuse au sens du Code de la consommation ? Pour un professionnel qui se sent lésé, cette qualification juridique n’est pas qu’une notion théorique : elle conditionne en grande partie la possibilité de remettre en cause le contrat, de suspendre les paiements ou de demander des dommages et intérêts. Il est donc essentiel de comprendre les critères posés par la loi et la jurisprudence pour savoir si votre situation entre dans ce cadre.
Article L121-1 : la qualification juridique des allégations mensongères sur le référencement google
L’article L121-1 du Code de la consommation définit la pratique commerciale trompeuse comme celle qui repose sur des « allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur », portant notamment sur les caractéristiques principales du service, le prix total, les modalités de résiliation ou encore les engagements du professionnel. Concrètement, si un commercial vous a affirmé que vous seriez « en première page Google en deux mois » alors que le contrat ne prévoit qu’une obligation de moyens en matière de référencement, on peut s’interroger sur le caractère trompeur de ce discours.
Pour que la pratique soit juridiquement qualifiée de trompeuse, il ne suffit pas d’être déçu par le résultat. Il faut démontrer que les informations fournies au moment de la signature étaient inexactes, incomplètes ou présentées de manière à fausser votre consentement. Par exemple, minimiser le coût global du contrat en ne mentionnant que la première mensualité, taire l’existence d’une reconduction tacite ou affirmer que la résiliation sera « très simple » alors que les conditions générales prévoient le contraire, peuvent entrer dans ce champ. Les tribunaux examinent au cas par cas la concordance entre le discours commercial, le contrat signé et les prestations réellement fournies.
Dans le domaine du référencement Google, les promesses trop catégoriques sont particulièrement suspectes, car aucun prestataire ne maîtrise à lui seul les algorithmes des moteurs de recherche. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a déjà rappelé que garantir un positionnement précis sans mentionner les aléas du SEO et le caractère concurrentiel du marché peut constituer une allégation trompeuse. Si vous disposez de preuves écrites ou enregistrées d’un tel discours, elles pourront être déterminantes dans l’appréciation de votre dossier.
Promesses de première page SEO : distinction entre référencement naturel et payant
Une source fréquente de confusion tient à la différence entre référencement naturel (SEO) et référencement payant (SEA, via Google Ads notamment). Certains commerciaux jouent sur cette ambiguïté en promettant une « première page Google garantie », sans préciser qu’il s’agit en réalité de liens sponsorisés achetés au clic, et non d’un positionnement organique durable. Vous vous retrouvez alors à payer à la fois un abonnement au prestataire et un budget publicitaire supplémentaire, sans que cela ait été clairement détaillé au départ.
Juridiquement, cette confusion volontaire entre SEO et annonces payantes peut être analysée comme une pratique commerciale trompeuse, en ce qu’elle altère la perception du service promis. Le référencement naturel repose sur un travail de fond (optimisation technique, contenu éditorial, netlinking) dont les résultats prennent plusieurs mois, parfois plus d’un an, surtout dans des secteurs concurrentiels. À l’inverse, le référencement payant permet une visibilité quasi immédiate, mais strictement limitée à la durée de la campagne publicitaire. Assimiler ces deux logiques ou laisser entendre qu’un budget SEA temporaire garantit un résultat SEO pérenne pose un problème de transparence.
Pour évaluer si vous avez été induit en erreur, posez-vous la question suivante : aviez-vous compris, au moment de la signature, si l’offre portait sur du référencement naturel, du référencement payant ou un mix des deux ? Le budget Google Ads était-il clairement chiffré et dissocié des honoraires de l’agence ? Les limites de la garantie de résultat étaient-elles explicitées ? Si la réponse est négative, il peut être pertinent de faire analyser vos documents contractuels par un avocat spécialisé en droit du numérique ou par une association de consommateurs.
Les techniques de démarchage téléphonique agressif et l’inscription au registre bloctel
D’après de nombreux retours d’artisans et de commerçants, le démarchage téléphonique constitue un canal privilégié pour la prospection de Linkeo. Certains témoignages évoquent des appels répétés, parfois plusieurs fois par semaine, avec une insistance marquée pour obtenir un rendez-vous physique ou une signature rapide. Or, le Code de la consommation encadre strictement ces pratiques, notamment depuis le renforcement du dispositif Bloctel, le registre d’opposition au démarchage téléphonique.
Si votre numéro professionnel (fixe ou mobile) est inscrit sur Bloctel et que vous continuez à recevoir des appels commerciaux non sollicités, vous pouvez saisir la DGCCRF via la plateforme dédiée pour signaler un manquement. Même lorsque l’appel est autorisé, le commercial doit respecter un certain nombre d’obligations d’information : se présenter clairement, indiquer la raison de l’appel, mentionner la possibilité de s’inscrire sur Bloctel, et ne pas recourir à des techniques de pression ou de tromperie pour obtenir votre accord. L’argument du « dernier jour pour profiter de l’offre » ou du « rendez-vous unique à ne pas manquer » est typiquement analysé avec suspicion par les autorités.
En cas de démarchage agressif, conservez autant que possible la trace des appels (journal d’appels, enregistrement si la loi locale le permet, mails de confirmation envoyés dans la foulée). Ces éléments pourront démontrer un harcèlement commercial ou une pratique commerciale agressive, également sanctionnée par le Code de la consommation. Là encore, l’objectif n’est pas de diaboliser toute prospection téléphonique, mais de rappeler que vous disposez de droits et que le consentement extorqué sous pression est contestable.
Documentation des échanges : emails, contrats et enregistrements comme preuves recevables
Pour faire reconnaître une pratique commerciale trompeuse ou agressive, la clé réside dans la preuve. En l’absence de documents, votre parole se heurtera à celle du prestataire, ce qui rendra toute contestation plus difficile. C’est pourquoi il est crucial de conserver systématiquement : le devis initial, les conditions générales de vente signées, les éventuels protocoles d’accord, ainsi que tous les échanges par email ou courrier. Même les SMS envoyés par votre interlocuteur commercial peuvent constituer des éléments probants.
Lorsque la discussion s’est déroulée principalement par téléphone, il peut être tentant de regretter de ne pas avoir enregistré les conversations. Sachez qu’en France, la preuve est libre en matière commerciale, mais l’enregistrement d’un appel sans en informer l’autre partie reste délicat sur le plan de la protection de la vie privée. En revanche, vous pouvez immédiatement confirmer par écrit (email) les propos tenus : « Comme convenu lors de notre échange téléphonique de ce jour, vous m’avez indiqué que… ». Si le commercial ne conteste pas, ce mail pourra ensuite être produit en justice comme élément de corroboration.
De manière générale, plus votre dossier sera documenté, plus vous aurez de chances d’obtenir gain de cause devant un médiateur, une association de consommateurs ou un tribunal. N’hésitez pas à faire réaliser un constat d’huissier (désormais « commissaire de justice ») de votre site, de l’absence de référencement ou des avis négatifs si ceux-ci sont au cœur du litige. Cet investissement ponctuel peut peser lourd dans l’appréciation des juges lorsqu’il s’agira d’évaluer la réalité des manquements invoqués.
Procédures de résiliation anticipée et recours amiables disponibles
Lorsque la relation avec Linkeo se dégrade et que la confiance est rompue, la volonté de nombreux professionnels est simple : sortir du contrat au plus vite, sans s’exposer à des pénalités disproportionnées. Avant d’envisager une action en justice, il est souvent pertinent d’activer les recours amiables et les mécanismes de résiliation prévus par la loi. Une approche structurée, appuyée sur des textes juridiques précis, permettra souvent de faire bouger les lignes plus efficacement que des échanges téléphoniques informels.
Rédaction d’une lettre recommandée avec accusé de réception : modèle juridique conforme
La première étape concrète consiste généralement à adresser à Linkeo une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Ce courrier a plusieurs objectifs : notifier officiellement votre volonté de résilier, exposer les manquements que vous reprochez au prestataire et, éventuellement, mettre en demeure ce dernier de remédier à ces manquements dans un certain délai. La forme du courrier est importante, car il pourra être produit ensuite devant un tribunal pour démontrer que vous avez tenté une résolution amiable du litige.
Dans cette LRAR, veillez à rappeler les références du contrat (numéro, date de signature, durée initiale), à résumer chronologiquement les faits (retards de mise en ligne, absence de référencement, erreurs techniques, promesses commerciales non tenues…) et à indiquer les textes sur lesquels vous fondez votre demande (articles du Code de la consommation ou du Code civil, par exemple l’obligation d’exécuter le contrat de bonne foi). Évitez les termes injurieux ou diffamatoires qui pourraient se retourner contre vous ; privilégiez un ton factuel, précis et ferme. N’oubliez pas de demander une réponse écrite dans un délai déterminé, par exemple 15 ou 30 jours.
Si vous vous estimez victime de pratiques commerciales trompeuses, vous pouvez également indiquer que vous vous réservez la possibilité de saisir la DGCCRF, une association de consommateurs ou le tribunal judiciaire. Cette mention, sans être agressive, montre que vous connaissez vos droits et que vous êtes prêt à les faire valoir. De nombreux modèles de lettres de résiliation ou de mise en demeure sont disponibles sur les sites institutionnels (service-public.fr, associations de défense des consommateurs) et peuvent être adaptés à votre situation spécifique.
Invocation de l’article L215-1 pour contester la reconduction automatique du contrat
En matière de contrats à reconduction tacite, l’article L215-1 du Code de la consommation (anciennement loi Chatel) prévoit des obligations d’information à la charge du prestataire. Pour les contrats de services conclus avec des consommateurs, mais aussi avec certains petits professionnels assimilés, le fournisseur doit informer le client, au plus tôt trois mois et au plus tard un mois avant la fin de la période permettant de refuser la reconduction, de la possibilité de ne pas renouveler le contrat. À défaut, le client peut mettre gratuitement fin au contrat à tout moment à compter de la date de reconduction.
La question se pose de savoir si cet article est applicable à votre situation, car il vise prioritairement les consommateurs au sens strict. Toutefois, la jurisprudence tend à étendre certaines protections aux professionnels lorsqu’ils ne disposent pas d’une compétence particulière dans le domaine concerné, ou lorsqu’ils emploient moins de six salariés. Si vous êtes artisan, auto-entrepreneur ou petite société sans service juridique, il peut donc être pertinent de vérifier si Linkeo vous a bien adressé l’information écrite relative à la reconduction, par courrier ou mail, dans les délais prévus.
Si tel n’est pas le cas, vous pouvez invoquer l’article L215-1 dans votre courrier recommandé, en indiquant que la reconduction tacite intervenue sans information préalable est inopposable et que vous entendez mettre fin au contrat sans frais à compter de la date de réception de votre lettre. Cette argumentation n’est pas automatique et pourra être contestée par le prestataire, mais elle constitue une base solide pour une négociation ou, le cas échéant, pour une action ultérieure devant le tribunal.
Médiation de la consommation : saisine du médiateur de la FEVAD ou UFC-Que choisir
Avant de judiciariser le litige, vous pouvez également recourir à la médiation de la consommation. Toute entreprise qui vend des services à des particuliers a l’obligation de proposer un dispositif de médiation gratuit pour le consommateur et de mentionner les coordonnées du médiateur compétent dans ses documents contractuels et sur son site internet. Dans le secteur du commerce électronique, il s’agit souvent du médiateur rattaché à la FEVAD (Fédération du e-commerce et de la vente à distance) ou d’autres organismes agréés.
La médiation présente plusieurs avantages : elle est gratuite pour le client, plus rapide qu’une procédure judiciaire classique et peut aboutir à un accord amiable prenant en compte les contraintes de chaque partie (réduction de la dette, résiliation sans pénalités, remise sur les factures, etc.). Pour saisir le médiateur, il faut en général justifier d’une réclamation écrite préalable restée sans réponse satisfaisante pendant au moins deux mois. Le dossier se dépose en ligne ou par courrier, accompagné des pièces justificatives (contrat, échanges mails, LRAR).
Les associations comme UFC-Que Choisir, CLCV ou encore des cabinets spécialisés dans les litiges liés aux contrats de sites web peuvent également jouer un rôle de conseil et d’accompagnement. Certaines structures ont développé une expertise particulière vis-à-vis de prestataires comme Linkeo, Jalis, Incomm ou d’autres agences web fonctionnant sur des modèles similaires. Rejoindre un éventuel collectif de victimes peut renforcer votre position et mutualiser les frais d’avocat, tout en donnant plus de visibilité médiatique aux pratiques contestées.
Signalement auprès des autorités compétentes et associations de défense
Lorsque les démarches amiables n’aboutissent pas ou que les pratiques constatées semblent dépasser votre seul cas individuel, il peut être utile de signaler la situation aux autorités de contrôle. La DGCCRF, qui dépend du ministère de l’Économie, est compétente pour enquêter sur les pratiques commerciales trompeuses et sanctionner les entreprises en infraction. Un signalement circonstancié (via la plateforme SignalConso ou par courrier à la direction départementale) peut contribuer à l’ouverture d’une enquête, surtout si plusieurs professionnels formulent des plaintes similaires contre le même prestataire.
En parallèle, les associations de consommateurs jouent un rôle essentiel de relais et de soutien. Elles peuvent centraliser les témoignages, alerter l’opinion publique via des articles dans leurs revues (comme 60 Millions de consommateurs ou Que Choisir), et accompagner des actions collectives. Dans certains cas, elles peuvent même se constituer partie civile en cas de poursuites pénales pour pratiques commerciales trompeuses. Si vous vous sentez isolé dans votre litige avec Linkeo, prendre contact avec une association locale ou nationale peut vous permettre de sortir de ce face-à-face déséquilibré.
Enfin, le signalement aux ordres ou institutions professionnelles (chambres de métiers et de l’artisanat, chambres de commerce, syndicats) peut également avoir un impact. Ces structures sont souvent en première ligne pour recueillir le ressenti des TPE sur les prestataires numériques et peuvent relayer l’information auprès de leurs adhérents, voire proposer des alternatives plus sécurisées. Votre témoignage, s’il est factuel et documenté, contribue ainsi à mieux protéger l’ensemble de la communauté professionnelle.
Action en justice : mise en demeure et procédure devant le tribunal judiciaire
Lorsque toutes les tentatives de résolution amiable échouent et que l’enjeu financier est important, il peut devenir nécessaire d’engager une action en justice contre Linkeo ou contre la société de financement à laquelle le contrat a été cédé. Cette perspective peut paraître intimidante pour un artisan ou une petite entreprise, mais elle est parfois la seule voie pour faire annuler un contrat déséquilibré, stopper des prélèvements abusifs ou obtenir réparation du préjudice subi (perte de clientèle, atteinte à l’image, frais engagés inutilement).
La procédure commence généralement par une mise en demeure rédigée par un avocat, qui reprend et formalise vos griefs en termes juridiques : vice du consentement (dol, erreur), manquement à l’obligation d’information, inexécution ou mauvaise exécution des prestations (site non conforme, référencement inexistant ou défaillant), déséquilibre significatif des clauses contractuelles, etc. Cette mise en demeure laisse au prestataire un dernier délai pour s’exécuter (par exemple, résilier sans frais, rembourser certaines sommes) avant la saisine du tribunal. Elle marque également le point de départ du calcul de certains intérêts et peut interrompre la prescription.
Selon la nature du litige et le montant en jeu, plusieurs voies sont envisageables : référé pour faire cesser un trouble manifestement illicite (par exemple, couper un site qui utiliserait vos données sans droit), action au fond devant le tribunal judiciaire ou le tribunal de commerce (selon que vous agissez en tant que consommateur ou professionnel). L’avocat pourra plaider l’annulation pure et simple du contrat (avec restitution des sommes versées), sa résolution pour inexécution, ou encore la réduction de votre obligation de paiement. La jurisprudence récente montre que de nombreux contrats de création de sites internet et de leasing numérique ont été annulés sur ces fondements.
Il ne faut pas sous-estimer non plus le risque d’assignation par la société de financement ou Linkeo en cas de non-paiement des mensualités. Dans ce cas, il est essentiel de ne pas rester passif : contester l’injonction de payer, constituer un avocat, produire vos pièces et faire valoir vos arguments dès la première audience. Une défense structurée peut renverser la situation et transformer une demande de condamnation en occasion de faire reconnaître le caractère abusif ou trompeur du contrat initial.
Migration technique post-linkeo : récupération des assets numériques et transition vers un prestataire alternatif
Au-delà du volet juridique, sortir d’un contrat Linkeo pose une question très concrète : comment assurer la continuité de votre présence en ligne sans perdre votre référencement, vos emails professionnels et vos contenus ? C’est souvent à ce moment-là que l’on prend pleinement conscience du « verrouillage technique » mentionné plus haut. Vous découvrez que vous n’êtes pas propriétaire du code source du site, que le nom de domaine est au nom de Linkeo, ou que vos images et textes ne sont pas facilement exportables. Comment éviter que la rupture ne se traduise par une disparition pure et simple de votre activité sur internet ?
La première étape consiste à dresser un inventaire précis de vos assets numériques : nom(s) de domaine, comptes email, bases de données clients, contenus rédactionnels, photos et vidéos, comptes Google Business Profile (ex-Google My Business), profils sur les annuaires et réseaux sociaux. Pour chacun de ces éléments, identifiez qui en est le titulaire administratif et technique, et quels sont les identifiants de connexion. Votre objectif doit être de reprendre le contrôle sur les éléments stratégiques, à commencer par le nom de domaine qui constitue l’adresse de votre entreprise sur le web.
Si le nom de domaine a été enregistré au nom de Linkeo, vous pouvez demander son transfert auprès du registrar (bureau d’enregistrement) concerné, en invoquant votre qualité de titulaire légitime au regard de la marque commerciale ou du nom de votre entreprise. Dans certains cas, ce transfert fera partie d’un accord de sortie négocié avec Linkeo, éventuellement en échange du règlement d’une dernière facture ou de l’abandon de certaines prétentions. En parallèle, choisissez un nouvel hébergeur ou un prestataire web indépendant qui prendra en charge la création d’un nouveau site ou la refonte de l’existant, sur une technologie ouverte (WordPress, Prestashop, etc.) qui vous évitera de retomber dans un enfermement propriétaire.
Pour limiter l’impact sur votre visibilité, planifiez la migration de manière coordonnée : mise en ligne du nouveau site avant la coupure de l’ancien, redirections 301 des anciennes URL vers les nouvelles, mise à jour de votre fiche Google Business Profile, de vos pages sur les réseaux sociaux et des annuaires où figure votre site. Informez également vos clients par email ou via vos supports physiques (cartes de visite, flyers) du changement éventuel d’adresse ou d’apparence de votre site. Une migration bien préparée peut même être l’occasion de repartir sur de meilleures bases SEO, avec un site plus rapide, mieux structuré et véritablement adapté à vos objectifs business.
Enfin, profitez de cette transition pour revoir votre stratégie de choix de prestataire. Au lieu de signer à nouveau un engagement de 48 mois avec un interlocuteur unique, pourquoi ne pas dissocier les postes : un hébergeur indépendant, un freelance ou une petite agence locale pour le site, et éventuellement un consultant SEO ponctuel pour vous accompagner dans la durée ? Cette approche « à la carte » vous laisse la main sur chaque brique de votre écosystème numérique et réduit considérablement le risque de vous retrouver, une nouvelle fois, prisonnier d’un contrat dont vous ne maîtrisez ni les contours ni les conséquences.